la manif NRJ
8 décembre 1984
 
 

Première radio de France, en alternance avec RTL, l'une des plus importantes en Europe aujourd'hui... NRJ est devenue en 23 ans un média incontournable, réunissant chaque jour près de 6 millions d'auditeurs. Mais les plus jeunes d'entre nous ne se souviennent probablement pas qu'NRJ a bien failli disparaitre un jour de décembre il y a 20 ans.
 

A la fin des années 70, alors que les français doivent se contenter d'écouter les radios dites "périphériques" (RTL, RMC, EUROPE 1) et publiques, de nombreuses radios pirates poussent un peu partout à Paris et en province.
En 1981, François Mitterrand, nouvellement élu président de la république, autorise les radios sur la bande FM.

C'est alors l'explosion. Autorisées ou non, plus ou moins intéressantes et crédibles, les radios envahissent rapidement le spectre de la bande fm. C'est la grande époque des radios libres. On y parle de tout et de rien, entre potes, voisins, syndicalistes, militants associatifs ou politiques.

Dans le lot, certaines préfèrent laisser la place à la musique jusque là disponible uniquement sur les "vieilles" radios ou dans le commerce sur de bons vieux vinyls. Dès la libéralisation de la bande fm, CITE FUTURE, RFM, RADIO VERTE et bien d'autres commencent à émettre sur Paris.

NRJ voit le jour le 15 juillet 1981 à Paris

Les premiers essais d'NRJ ont lieu en mai 1981 dans un minuscule appartement parisien, rue du télégraphe. La station nait officiellement le 15 juillet suivant.
Fin septembre, la loi sur les radios libres passe devant l'assemblée nationale. La question de la survie de toutes ces radios se pose rapidement, et la publicité, jusque là interdite sur les antennes, eut l'effet d'un grand bol d'air pour les stations survivantes, lorsqu'elle fut autorisée le 1er aout 1984.

Au printemps 84 justement, NRJ déménageait avenue d'Iéna et occupait toujours la fréquence 92.0. Des plaintes avaient été déposées par TDF et RADIO-FRANCE sur ordre de l'état contre la radio qui disposait d'un émetteur trop puissant aux yeux des autorités.

Lundi 3 décembre 1984, NRJ attend la fin

En ce lundi 3 décembre 1984, aucune nouvelle formelle concernant la date de saisie de la radio n'apparait, ni au tribunal, ni à l'AFP. A 18 heures, un policier, auditeur de la station, faisant partie du groupe de saisie, prévient que celle-ci aura lieu dans la nuit.

A 18h30, Max Guazzini, co-fondateur d'NRJ avec Jean-Paul Baudecroux, annonce aux auditeurs que leur radio va cesser d'émettre dans la nuit. A la station toute l'équipe est en larmes. "On est triste, c'est la loi, peut-être la loi du succès, je ne sais pas" dit alors Marc Scalia, l'un des animateurs de la radio. "Ca se passe de commentaire" lui répond Serge Repp. Dès lors, les studios d'NRJ sont en état de siège.

A 22h26, l'animateur annonce une fin toute proche avant d'enchainer avec un tube de Gainsbourg.

Les auditeurs arrivent par dizaines. De nombreux artistes passent par la radio et des équipes de télé viennent filmer le triste événement. L'équipe découvre alors que la station est totalement soutenue par ses auditeurs. Max demande aux policiers qui viendront saisir le matériel de ne pas l'endommager. A 19h, devant les studios, l'avenue d'Iéna est paralysée. Des comités de soutien se créent à l'initiative des lycéens et des étudiants. A 22h26, l'animateur annonce une fin toute proche avant d'enchainer avec un tube de Gainsbourg.

Dans la soirée, Jacques Attali, alors au sommet des chefs d'états européens avec le président François Mitterrand, est prévenu par Dalida, amie de Max Guazzini et maraine de la station. Alerté par son conseiller, le président demandera à son premier ministre Laurent Fabius, de faire arrêter la saisie. A 5 heures du mat', la vingtaine de véhicules de police quitte l'avenue bredouille.

"On s'attaque une fois de plus à la réussite et au succès"

Le lendemain, la "Haute Autorité" (ancètre du CSA), veut obliger NRJ à césser d'émettre pendant un mois! Le président de la radio, Jean-Paul Baudecroux, refuse d'appliquer la sanction. "On nous dit, avalez une pilule de cyanure, suicidez-vous devant nous, sous la menace d'un révolver. On préfère que les gens prennent leurs responsabilités et tirent. C'est à dire, nous envoient les CRS pour nous faire taire" répond Baudecroux.
"NRJ a plus d'auditeurs que toutes les radios du service public en fm réunies. Je crois que c'est surtout celà qu'on nous reproche, parce que ça gène beaucoup de monde, et en fait on s'attaque une fois de plus à la réussite et au succès" conclut-il.

On reprochait entre autre à la première des fm d'avoir un émetteur trop puissant et qui empèchait les autres stations d'émettre correctement... Aujourd'hui la puissance est restée la même et ne gène personne!

La "Haute Autorité" et le ministre de la communication avaient tenté de faire croire qu'NRJ avait un émetteur trop puissant, brouillant la radio des aéroports, des pompiers et du samu. L'info avait été immédiatement démentie par le président du syndicat des pilotes de ligne. Le but du gouvernement avait été de faire rentrer NRJ dans le cadre... tout ce qu'il avait obtenu, c'était de la faire descendre dans la rue.

Le mercredi 5 décembre, l'équipe mobilise les auditeurs avec autant d'enthousiasme pour une grande manifestation le samedi. Le courrier arrive en masse à la radio, avec des dizaines de pétitions à l'initiative des jeunes auditeurs de la station.

6 radios parisiennes ont reçu une interdiction d'émettre de 10 jours à 1 mois

La presse en cette fin de semaine, évite d'annoncer la manif', préférant sans doute attendre et voir avant d'en parler. Pour beaucoup de stations menacées (outre NRJ, cinq autres radios sont dans la même situation), et pour les auditeurs, NRJ est en train de devenir le symbole de la lutte pour la liberté de la FM. Ce soir-là, Johnny chante "ne tuez pas la liberté" et dédie la chanson à NRJ.

Le vendredi 7 décembre 1984, NRJ résiste toujours. Les sympathisants se pressent devant la radio et les interventions à l'antenne se multiplient. Le standard est saturé d'appels d'auditeurs (plus de 570 000) et d'artistes comme Coluche, Jean-Luc Lahaye ou bien encore Johnny Hallyday. 20 000 tracts appelant à se rendre le samedi 8 décembre à 14h, place de l'hotel de ville, sont distribués dans la journée. Max Guazzini va même déclarer la manifestation aux renseignements généraux puis à la préfecture de police en l'évaluant à 5 000 personnes. D'après les appels et les messages de soutien, l'équipe de la radio imaginait déjà pouvoir rassembler 10 fois plus de monde.

"les amis, aussi incroyable que celà puisse paraître, votre radio NRJ, risque d'être saisie"

 Les messages annonçant la manif, tournaient toutes les heures à l'antenne: "les amis, aussi incroyable que celà puisse paraître, votre radio NRJ, risque d'être saisie... Rendez-vous tous, samedi à 14h, place de l'hotel de ville... Créez des comités de soutien dans vos lycées, dans vos écoles, dans vos entreprises. Dans les boutiques, affichez votre solidarité. Nous comptons sur vous, tous!"

Le samedi, vers midi, un animateur présent sur le lieu du rassemblement annonce à l'antenne l'arrivée d'une centaine de jeunes. Une grande partie de l'équipe s'était donné rendez-vous dans un bar place du Chatelet et attendait avec inquiétude de voir si les auditeurs allaient répondre présent à leurs appels.

En une demie-heure, les rues deviennent noires de monde. Des groupes de jeunes sortent du métro Chatelet par centaines. Peu à peu, la foule s'élance le long des quais de Seine. Ils sont 300 000, peut être plus à rejoindre la place de la Bastille.

Dalida est là, en tête de cortège, sur une camionnette

Sur les banderolles, fleurissent des messages comme "on ne tue pas la liberté", "NRJ la plus belle radio" (slogan de la radio à l'époque), ou bien encore "NRJ on t'aime".
Interrogées par "Libération", deux ados d'à peine 15 ans déclarent: "vous voulez qu'on écoute RTL ou quoi?". La manif se déroulera sans casse ni agressivité. Dalida, la maraine d'NRJ est là, en tête de cortège, sur le toit d'une camionnette équipée de haut parleurs diffusant NRJ. Dans le cortège se trouvent aussi les partisans d'autres radios FM, comme RADIO SHOW ou RADIO BOCAL.

Car NRJ n'est pas la seule station menacée de suspension. LA VOIX DU LEZARD (qui deviendra SKYROCK en 1986) et 95.2 ont aussi écopé de 15 jours de suspension d'antenne. RADIO SOLIDARITE et TSF, 12 jours et enfin 10 jours pour RADIO LIBERTAIRE.
A l'instar d'NRJ, aucune radio ne respectera la sanction infligée par la "haute autorité".

Le lundi 10 décembre, la manif faisait la une de tous les journaux. Christine Ockrent l'annonce en ouverture de son JT à 20h sur Antenne 2. Cette manifestation aura permis de faire comprendre au monde politique, l'importance de ce nouveau média dans le paysage audiovisuel des années 80.

Au printemps 2013, NRJ, avec 12,3 points d'audience cumulée, et 6 500 000 auditeurs chaque jour,  redevient la radio la plus écoutée de France, devant RTL.
 
 


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